4 juillet 1914 – Souvigny – Philippe Ruelle

La charrette s’avance lentement sur le chemin poussiéreux, tirée par deux lourds chevaux de trait, son conducteur à demi assoupi par la chaleur, malgré le large chapeau de paille dont il s’est coiffé. De temps à autre, il jette un coup d’œil au ciel à la recherche de nuages qui, pointant à l’horizon, annonceraient l’arrivée prochaine d’un peu d’ombre, fût-ce temporairement, mais il n’en est rien.

« Philippe, la petite a soif. »

Philippe Ruelle se tourne vers sa femme assise à l’arrière avec les quelques meubles qu’ils transportent, et qui réajuste au-dessus d’une fillette de quatre ans un épais drap transformé, l’espace d’un voyage, en toile de tente. Elle saisit l’outre que son mari lui tend avant de reporter son attention vers les premières maisons de Souvigny bordant la route de Moulins qui se rapprochent doucement d’eux.

« On est arrivés », dit-il en poussant son attelage pour franchir les derniers mètres les séparant de leur destination, puis s’arrête devant la première maison du hameau, une bâtisse tout en longueur avec de minuscules fenêtres adossées à une petite grange où l’on aperçoit des outils entreposés avec peu de soin.

Philippe Ruelle bondit au bas du véhicule avant d’aller aider sa femme et sa fille à descendre, et essuyant l’une des grosses gouttes de sueur roulant sur son front, il essaie sa clé dans la serrure usée de la porte de la maison qui s’ouvre en grinçant. Tous trois s’engouffrent dans la fraîcheur de la fermette dénuée de tout meuble en poussant un long soupir de satisfaction.

Philippe retire son chapeau qui révèle la tonsure au milieu de ses cheveux châtains emmêlés, puis prend sa fille dans ses bras, déposant un baiser sur la joue avec tant d’ardeur que cela fait rire l’enfant.

« Mesdames, bienvenue dans notre nouvelle maison ! »

Une voix les fait tous trois se retourner, et ils aperçoivent à la porte un homme bedonnant en chemise déboutonnée, qui leur sourit en caressant sa barbe grise.

« Monsieur Ruelle, le nouveau métayer ? Je vous attendais. Vous allez voir, vous allez vous plaire ici ! »

Et la petite famille invite le maire de Souvigny à rentrer se mettre à l’ombre.

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