31 mars 1915 – Reims – Klaus Radmacher

Le Taube fonce au-dessus d’une avenue de Reims et sous les ailes de l’avion défilent les façades ravagées de la ville. Klaus serre le manche autant que possible pour garder sa trajectoire, pendant que Georg, penché par dessus bord, cherche une cible des yeux.

Devant eux, une voiture de pompiers file à toute allure et joue du clairon et du klaxon pour prévenir de l’arrivée des Allemands. Klaus sourit alors que son appareil rattrape rapidement le véhicule qui zigzague entre les trous d’obus.

« Je leur en colle une ? demande Georg en souriant par dessus le bruit du moteur, une bombe dans les mains. – Laisse. Ils disent aux gens de se planquer. Attends. »

La voiture de pompiers, probablement effrayée par l’avion aux croix noires qui fonce vers elle, tourne brutalement dans une rue perpendiculaire et disparaît. Klaus sourit en les voyant détaler comme des lapins à la vue d’un faucon. Il prend une bonne respiration de cet air frais qui lui fouette le visage, trop heureux de pouvoir à nouveau prendre l’air avec les beaux jours.

« Là ! glapit Georg. Celle-là, c’est pour eux ! »

George pointe du doigt la cathédrale de Reims, dont les tours marquées d’impacts de projectiles se dressent devant eux, magistrales. Et à ses pieds, des chevaux se dispersent à toute allure, grimpés par des hommes aux casques étincelants. Des cuirassiers.

Klaus lève le pouce pour indiquer à Georg qu’il approuve. Le Taube s’engage dans un lacet au-dessus des cavaliers en fuite et Georg lâche sa bombe au beau milieu d’eux, déclenchant une explosion qui jette à terre hommes et chevaux. Georg pousse un petit cri de joie et se tourne vers Klaus, fier de son largage.

Des balles se mettent soudain à siffler tout autour du Taube. Klaus et Georg cherchent tout autour d’eux l’origine de cette riposte,et aperçoivent soudain entre les tours de la cathédrale un avion qui fonce droit vers eux.

« C’est un Français, hurle Georg à la vue de la cocarde tricolore. Dégage ! »

Klaus incline brutalement le Taube qui glisse au-dessus des toits de Reims alors que le pilote allemand tente de voler aussi bas que possible. Derrière lui, l’autre avion continue de tirer et des balles font voler en éclats les tuiles au-dessous de lui.

Georg lâche sa dernière bombe sans même viser et attrape le fusil à côté de lui. Klaus s’efforce de tourner pour donner à son camarade de bonnes occasions d’ouvrir le feu, et jure entre ses dents face à cet avion capable de tirer par l’avant. D’un coup d’œil, il identifie le modèle.

Un Farman MF 11. Un de ces avions avec l’hélice à l’arrière et un poste de tir à l’avant doté d’une mitrailleuse. Klaus a même le temps d’apercevoir une jeune femme casquée peinte sur le flanc de l’appareil alors qu’il incline son avion pour éviter les balles qui fusent tout autour de lui.

Des trous apparaissent soudain dans la toile d’une des ailes et Klaus sent l’avion qui peine à se maintenir droit. Il doit tirer sur le manche pour l’obliger à rester en l’air et ne pas filer s’écraser dans un grenier reimois.

« Abats-le, Georg, merde ! »

Georg décoche ses tirs avec autant de précision qu’il le peut, mais les secousses l’empêchent de viser juste. Il répond sur le même ton :

« Sème-le, Klaus, merde ! »

Les deux avions s’engagent dans une nouvelle avenue de Reims et Klaus prête à peine attention aux pompiers qu’ils croisent à contresens, leurs visages paniqués levés vers le Taube. Klaus jure lorsque Georg lui montre qu’il est en train de tirer ses dernières munitions. Jusqu’ici, leur avion n’avait jamais été sérieusement accroché, et peut-être avaient-ils été trop optimistes quant à ce qui était nécessaire à un véritable combat. Klaus oriente son oiseau blessé vers le Nord-Est et fonce autant qu’il le peut en continuant à esquiver les rafales de son adversaire qui ne décroche pas. Du moins, jusqu’à ce que Klaus le rapproche du front d’où un feu nourri des tranchées allemandes pourra abattre son poursuivant.

Mais celui-ci a compris. Les tirs de mitrailleuses s’arrêtent, et avant qu’il ne soit à portée des troupes allemandes au sol, l’avion à la femme casquée tourne lentement et repart vers Reims.

« Ah ! sourit Klaus en regardant avec Georg leur adversaire s’éloigner. On dirait que Reims s’est trouvé un petit ange ! »

Et le Taube survole à toute allure les tranchées françaises d’où partent brièvement des tirs avant de se mettre à l’abri derrière les lignes allemandes.

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