Zoom sur : l’obusite

Avec la Première Guerre mondiale, on découvre dans les tranchées un mal encore inconnu : l’obusite.

Du jour au lendemain, les médecins militaires voient arriver dans les infirmeries des soldats aux symptômes étranges : tremblements furieux, vomissements, paralysies, crises de folie… certains soldats deviennent même sourds, muets ou aveugles, sans aucune blessure apparente. Il n’y a pas une obusite, mais des obusites aux manifestations différentes pour chaque soldat.

Shell shocked soldier, 1916
Un soldat britannique victime d’obusite, ici sous la forme d’une crise de folie.

Qu’est-ce que cette maladie ? C’est en réalité une forme de stress post-traumatique liée à cette guerre d’une intensité encore inconnue.

Jamais, jusqu’alors, des hommes n’ont connu un tel enfer. Les tranchées, les obus, les grenades, les mines, les mitrailleuses… chaque soldat réagit de manière différente à ce quotidien particulièrement violent. Et lorsque le stress, l’anxieté et la peur s’accumulent jusqu’à atteindre des niveaux insupportables pour l’esprit lui-même, le corps se rebelle et échappe au contrôle de son maître. Certains cas d’obusite sont temporaires (par exemple, des cas de soldats qui perdent la vue durant quelques heures, parfois jours), d’autres permanents.

Comment expliquer ces maux, sans blessure, sans fièvre ?

Nombre de médecins vont commettre la même tragique erreur : puisque cela ne s’explique pas avec les connaissances médicales de l’époque, c’est donc de la simulation. Les soldats feraient semblant d’être malades pour ne pas retourner au front. Ils sont dénoncés, et dans nombre de cas, fusillés. Plus terrible encore, les effets pervers de la maladie tendent à consolider cette théorie des simulateurs. Car les symptômes s’estompent parfois lorsque les victimes sont inconscientes (on en déduit donc que ce n’est pas physique, donc pas véritablement une maladie) ou pire, lorsqu’envoyées devant le peloton d’exécution, la peur et l’impact psychologique font disparaître les maux comme ils étaient venus. Là encore, pour les médecins, c’est bien la preuve qu’il s’agit de simulation !

Shellshock2
En bas à gauche, ce soldat est lui aussi victime d’obusite, comme son regard suffit à le montrer.

Mais malgré tout, de plus en plus de cas d’obusite sont découverts dans les rangs de l’armée. Et certains praticiens commencent à comprendre qu’il pourrait s’agir d’un mal véritable. Ce qui pose une question essentielle : comment en guérir ?

À nouvelle maladie, nouvelle médecine : l’électricité.

On envisage de choquer les corps et les esprits jusqu’à ce que les symptômes disparaissent. Pour ce faire, les malades sont envoyés au fort de Saint-André, à Salins (aujourd’hui Salins-les-Bains), où ils sont pris en charge par le service de santé des armées et soumis à des « torpillages électriques », terme donné à différentes formes d’électrocutions. Dans de rares cas, cette thérapie va faire disparaître temporairement les symptômes, avant qu’ils ne reviennent sitôt les soldats de retour dans leurs unités. Dans la plupart des autres, ils ne font qu’aggraver le mal en endommageant des corps et esprits déjà fragilisés.

Des patients refuseront de se soumettre à ces traitements, qu’ils qualifient de barbares. Ils seront aussitôt passés en conseil de guerre, pour avoir tenté de se dérober à leur devoir et à la guerre.

L’obusite restera à la fois le symbole de l’inhumanité du conflit, et celui d’une immense injustice pour ses victimes, traitées comme des traîtres ou des cobayes.

Pour conclure, un extrait du film « Un Long dimanche de fiançailles » dans lequel Manech, au cœur de l’intrigue, est lui-même victime d’une crise d’obusite qui va le conduire à être condamné à mort, lançant l’intrigue au cœur du film. La vidéo ci-dessous présente donc l’assaut et comment un soldat peut « craquer ». Comme tant d’autres le firent.

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