15 juin 1915 – La Manche – Johann Kiefer

Sur le kiosque du sous-marin, les officiers inspectent nerveusement à la jumelle la ligne d’horizon. Au-dessous d’eux, les matelots errent sur le pont, jetant des coups d’œil vers les écoutilles les plus proches, prêts à plonger à la seconde même où quelqu’un donnera l’alerte.

“Qu’est-ce qu’on fait là ?”

Johann émerge des entrailles du sous-marin et est accueilli par un vent frais qui lui caresse le visage et porte un parfum agréable. Celui de l’extérieur. Dans le sous-marin, tout empeste le carburant. De l’air à la nourriture, c’est tout simplement insupportable. Aussi, des pauses de ce genre sont-elles plus que bienvenues. Mais aujourd’hui, ce n’est pas simplement l’occasion de respirer. Une partie de l’équipage est sur le pont, et Johann reconnaît les hommes en charge des torpilles penchés sur d’énormes mines qu’ils jettent à l’eau, l’une après l’autre.

“On piège le secteur ! grogne le navigateur du bord en faisant quelques exercices de gymnastiques. Voilà ce qu’on fait là !
– On ne devrait pas laisser ça aux navires spécialisés ? s’enquiert Johann.
– Petit malin ! sourit l’autre. Non, les marins de surface sont juste bons à se planquer. Nous, on est là pour larguer des mines derrière leurs lignes, là où les British ne les attendent pas. Et leur faire une petite surprise.”

Les marins plantent de grands tubes au sommet des mines avant de les mettre à l’eau, et même lorsque celles-ci coulent, le tube continue à émerger, donnant une indication parfaite de l’endroit où se trouve le piège. Johann grimace, guère convaincu de l’utilité de la chose.

“Qu’est-ce que vous foutez ? demande-t-il à l’un des marins penchés sur la dernière mine. Avec ça, ils vont tout de suite savoir où sont les pièges !
– Justement, c’est le but, qu’ils les voient, répond son interlocuteur.
– Quel intérêt à leur montrer ? Ca n’a aucun sens.”

Le marin aide ses camarades à pousser la dernière mine à l’eau puis se lève d’un air assuré.

“Tu te souviens comment ces enfoirés d’Anglais ont tenté de nous éperonner la dernière fois ? dit-il. Ils ont donné cette consigne à tous leurs navires.
– Et ?”

Le marin désigne les tubes dans l’eau qui s’éloignent du sous-marin et donne une grande tape sur l’épaule de Johann.

“Mines dérivantes, avec un faux périscope dessus. Attends qu’ils essaient d’éperonner ces sous-marins là, ça va les calmer.”

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